mercredi 25 mai 2011

Amazonie: le Brésil ouvre les vannes de la déforestation

Le puissant lobby agricole brésilien a remporté une victoire au détriment des écologistes avec l'approbation par les députés d'un projet de loi polémique assouplissant la protection de l'Amazonie.

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Photographe : Antonio Scorza :: Photo aérienne d'un secteur de la forêt amazonienne détruit illégalement photo : Antonio Scorza, AFP
Après deux ans de discussions, la révision du code forestier de 1965 a finalement été approuvée mardi soir et ce projet de loi devra maintenant passer devant le Sénat.
Avide de repousser les frontières agricoles, le secteur agricole et de l'élevage réclamait une réforme de la loi.
Immense pays de 8,5 millions de km2, le Brésil possède aujourd'hui 5,3 millions de km2 de forêts, essentiellement en Amazonie.
"La Chambre des députés a transformé la loi de protection des forêts en un passeport pour la déforestation et l'expansion débridée de l'agriculture et de l'élevage", a déploré Greenpeace dans un communiqué.
"Les secteurs agricole et de l'élevage célèbrent les progrès obtenus", s'est félicité au contraire la présidente de la Confédération nationale de l'Agriculture, Katia Abreu. "Ce qui est en jeu, c'est la production d'aliments au Brésil, qui soutient l'économie nationale", a-t-elle fait valoir.
Le Brésil est l'un des principaux producteurs et exportateurs au monde de soja, de céréales et de viande mais la déforestation massive a fait du Brésil le cinquième plus grand émetteur de gaz à effet de serre du monde.
Ce vote, contre l'avis du gouvernement, est considéré comme la première défaite de la présidente Dilma Rousseff au parlement.
La ministre de l'Environnement, Izabella Teixeira, a prévenu toutefois que Mme Rousseff pourrait mettre son veto aux points les plus controversés du projet de loi.
Le point le plus critiqué légalise les zones forestières déboisées illégalement jusqu'en juillet 2008 et permet l'activité agricole dans des zones sensibles.
"C'est un message comme quoi les crimes écologiques ne sont pas punis et cela encouragera les déboisements", a déploré à l'AFP le militant de Greenpeace, Paulo Adario.
Le code forestier de 1965 limite l'usage agricole des terres en obligeant les propriétaires de forêts à en préserver une partie intacte, jusqu'à 80% en Amazonie. Elle protège également des zones sensibles pour l'écologie comme les rives des fleuves, les sommets et les coteaux des collines.
Respecter à la lettre le code forestier signifierait replanter 600.000 km2 de terres - un peu plus que la superficie de la France -, a dit l'auteur de la réforme, le député Aldo Rebelo, qui estime que plus de 90% des propriétés rurales du pays ne respectaient pas les quotas de reboisement exigés par la loi.
"Le code devait être modifié. Il manquait des mécanismes encourageant l'effort de protection des forêts (...) mais on ne devait pas amnistier ceux qui ont déboisé dans le passé", a déclaré à l'AFP Paulo Moutinho, analyste à l'Institut de recherches d'Amazonie.
Le Brésil a réussi à ralentir le rythme de la déforestation de l'Amazonie depuis 2004 mais la semaine dernière, une hausse spectaculaire est intervenue au moment où le parlement examinait le code forestier et un cabinet de crise contre la déforestation a été mis en place à Brasilia.
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