Paru dans Le Monde
Avec sa voix grave, inflexible, sa longue crinière brune et sa forte présence sur scène, Maria Bethania règne, depuis près d'un demi-siècle, sur la musique populaire brésilienne. C'est une artiste physique, aux accents de dramaturge, et dont le chant exprime le métissage tropical du Nordeste bahianais, où elle est née. Une icône, devenue célèbre très jeune, et qui l'est restée.
Maria Bethania aime les poètes, notamment lusophones, et leurs oeuvres. Elle a innové dans son pays en entrelaçant, au fil de ses concerts, chansons et textes d'auteurs brésiliens, comme Vinicius de Moraes et Clarice Lispector, ou portugais comme Fernando Pessoa.
Voulant être, dans ce domaine, prophétesse en son pays, la chanteuse s'est lancée dans un projet ambitieux : créer un blog, intitulé "Le monde a besoin de poésie", sur lequel elle déclamera, chaque jour pendant un an, une oeuvre en vers ou en prose, d'un auteur consacré ou prometteur.
Chaque vidéoclip, d'une durée maximale de 3 minutes, sera original, filmé par le cinéaste Andrucha Waddington, et posté à heure fixe sur la Toile, à l'intention des quelque 70 millions d'internautes brésiliens.
Sur le principe, cette noble entreprise ne pouvait qu'être unanimement acclamée. C'est pourtant l'inverse qui s'est produit, dès qu'on sut les conditions financières de sa mise en oeuvre. A peine attisée, la polémique enflamma le Net. A l'origine de l'affaire se trouve la loi Rouanet (1991), du nom de son promoteur. Devenu l'outil essentiel de la politique culturelle au Brésil, ce texte permet de financer la plupart des projets par de l'argent privé grâce à de généreuses déductions fiscales, jusqu'à 100 % de l'investissement. L'Etat abandonne une part du produit de l'impôt aux entreprises qui parrainent et financent chaque année des centaines d'événements, petits et grands.
Pour Maria Bethania, comme pour beaucoup d'autres artistes, la loi Rouanet est une aubaine. Des sponsors privés indirectement subventionnés par l'argent public prendront en charge son projet poétique. Elle l'a estimé à quelque 600 000 euros. Une fois cette somme connue, le Web a commencé à bouillonner en fustigeant "le blog le plus cher du monde".
L'ironie déçue des internautes est devenue colère quand ils ont appris que la chanteuse empocherait la moitié de cette somme pour elle-même, en tant que directrice artistique d'un projet qu'elle décrit comme "révolutionnaire" et "démocratique". L'équivalent pendant douze mois d'un cachet mensuel de 25 000 euros. Tout cela, sous son propre label, dont le nom Quitanda, qui signifie "petite boutique", paraît du coup bien incongru.
En revanche, à butiner avec ferveur l'argent public - plus de 4 millions d'euros en cinq ans -, Maria Bethania mérite amplement l'affectueux surnom de "Reine des abeilles", que ses fans lui ont donné naguère en référence au premier vers d'une chanson intitulée Miel.
Bien d'autres, depuis longtemps célébrissimes et fortunés, font, eux aussi, leur miel de la loi Rouanet, comme les musiciens bahianais Caetano Veloso, frère de la chanteuse, ou son camarade Gilberto Gil, inspirateur du mouvement tropicaliste à la fin des années 1960 et ancien ministre de la culture (2003-2008) du président Lula.
Ils poussent souvent le bouchon un peu loin... avec succès. En 2009, Gil a fait financer l'un de ses DVD et Veloso une tournée, comme Maria Bethania, peu avant. La commission technique compétente avait refusé au frère et à la soeur le bénéfice de la loi : le ministre de la culture de l'époque, Juca Ferreira, a passé outre. A chaque fois, quelque 500 000 euros étaient en jeu.
Pourquoi les artistes se gêneraient-ils, puisque aucune autorité ne leur en tient grief publiquement ? Commentant la controverse autour du projet de blog poétique, l'actuelle ministre de la culture, Ana de Holanda, l'a qualifiée de "tempête dans un verre d'eau", provoquée par une "campagne contre la culture brésilienne" qui cherche à "diaboliser les artistes à succès".
La ministre est la soeur de l'écrivain et chanteur Chico Buarque. Malgré l'admiration que ces monstres sacrés inspirent, on peut à bon droit critiquer les dérives - copinages, complaisances, corruption - d'un mécanisme qui ne répond plus correctement à l'esprit originel du texte.
Les défenseurs de la loi Rouanet ont raison de souligner que, sans elle, le Brésil serait largement resté - carnaval et samba mis à part - un désert culturel. Mais il faut aujourd'hui la réformer - un nouveau texte attend depuis deux ans d'être examiné au Congrès de Brasilia - et corriger ses principaux défauts : elle profite trop aux artistes célèbres, valeurs sûres aux yeux du marché, pas assez aux créateurs inconnus ; elle concentre trop ses aides - 3 % des projets recevant 50 % de l'argent, dont la moitiédans le seul axe Sao Paulo-Rio, au détriment du reste du pays.
Plus grave : les départements de marketing des entreprises sont devenus, grâce à la loi Rouanet, les véritables maîtres d'oeuvre de la politique culturelle nationale. L'Etat, hier défaillant, car trop pauvre, affirme vouloir aujourd'hui reprendre la main sans sombrer dans le dirigisme. Vaste programme, dans cet immense Brésil, où, pour ne citer que deux chiffres, 9 % seulement des municipalités disposent d'une salle de cinéma et 60 % des habitants ne lisent aucun livre et ne pratiquent aucune activité culturelle. Faute, disent-ils, d'habitude et de goût.
langellier@lemonde.fr
Jean-Pierre Langellier Article paru dans l'édition du 28.04.11
mercredi 27 avril 2011
vendredi 22 avril 2011
Le carnaval de Maragogipe
Arrive le carnaval. Un vent de douce folie semble s´installer pour longtemps au bord du large fleuve dont tous tirent leur subsistance. Mais la fête ne durera que quatre jours, du samedi au mardi.
Ces groupes dont vous admirez les déguisements, se sont réunis pendant des mois pour choisir la nouvelle "fantasia". Toujours en secret, car nul ne doit connaitre celui ou celle qui la portera.
Ne vous étonnez donc pas d´apprendre aprés le carnaval que l´une de ces charmantes éléphantes est votre voisine, infirmière ou épicière...
Ici, c´est une jeune mère qui mène son fils vers la grand´place
Ces pierrots trouveront-ils leurs colombines?
Remarquez l´orgie de couleurs. Nous ne sommes pas au royaume de la demi-teinte.
La lune a-t-elle rendez-vous avec le diable?
Même sans argent le carnaval ne perd pas ses droits.
Je suis fatigué, j´ai peut-être un peu abusé, mais je reste fidèle au poste.
Docteurs ou sorciers?
J´ai perdu ma famille, mais comme j´habite au coin de la rue, pas de danger de me perdre...
En fait, ce groupe de french-cancan, composé d´homosexuels et de lesbiennes, chaque année plein de fantaisie, est beaucoup plus nombreux que sur cette photo. Je m´amuse beaucoup, mais suis tout de même bien fatigué
Quand l´érotisme baigne dans le burlesque
L´homme des mangroves...
Et la belle inconnue ne se rencontreront sans doute jamais.
jeudi 21 avril 2011
lundi 28 mars 2011
Le rituel de pêche ...
...d’une tribu amazonienne en péril Alors qu’ils viennent de commencer leur prestigieux rituel annuel de pêche, les Indiens enawene nawe du Brésil craignent que les 80 barrages en projet sur le bassin de la rivière Juruena ne fassent disparaître leur stock de poissons.
Cet imposant rituel, qu’ils nomment ‘Yãkwa’, est reconnu par le ministère brésilien de la culture comme patrimoine culturel national. Cependant, en 2009, cette pêche rituelle n’a pu avoir lieu, les rivières étant pratiquement vides de poissons.
Les Enawene Nawe furent alors confrontés à une pénurie alimentaire sans précédent et l’entreprise de construction du barrage dut leur fournir trois tonnes de poissons d’élevage.
Les poissons sont capturés avec des pièges puis boucanés.
© Fiona Watson/Survival
En 2010, il y eut de nouveau une grave pénurie de poissons.
Certains des barrages planifiés sont financés par le Grupo André Maggi, l’un des plus gros producteurs de soja au monde.
Durant le rituel ‘Yãkwa’, les Enawene Nawe passent plusieurs mois dans la forêt. Ils construisent des barrages en mailles végétales finement tissées sur les rivières pour capturer de grandes quantités de poissons. Après avoir longuement boucané leurs prises, ils les transportent en canoë dans leurs villages.
Ce rituel est le plus important dans la culture de ces Indiens. Il est également indispensable à leur alimentation, puisqu’ils sont l’un des rares groupes amazoniens à ne pas consommer de viande rouge.
Dans une lettre adressée aux Nations-Unies, les Enawene Nawe écrivent : ‘Nous ne voulons pas de ces barrages qui polluent notre eau, tuent notre poissons, envahissent nos terres’.
Le barrage Telegrafica est l'un des barrages en construction sur la rivière Juruena.
© Survival International
Les Enawene Nawe n’ont pas donné leur consentement à la construction de ces barrages. Ils ont bloqué les routes et occupé le chantier d’un barrage afin d’alerter l’opinion sur le danger irréversible que représentent ces projets sur leur mode de vie.
Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ’L’ironie veut qu’alors même que le rituel Yãkwa vient d’être reconnu comme patrimoine culturel brésilien, il soit amené à disparaître. C’est tout le mode de vie des Enawene Nawe qui est aujourd’hui en péril’.
Lire la lettre envoyée par les Enawene Nawe aux Nations-Unies (en format pdf, en anglais, enawene nawe et portugais)
28 MarsActualités & Médias
Cet imposant rituel, qu’ils nomment ‘Yãkwa’, est reconnu par le ministère brésilien de la culture comme patrimoine culturel national. Cependant, en 2009, cette pêche rituelle n’a pu avoir lieu, les rivières étant pratiquement vides de poissons.
Les Enawene Nawe furent alors confrontés à une pénurie alimentaire sans précédent et l’entreprise de construction du barrage dut leur fournir trois tonnes de poissons d’élevage.
Les poissons sont capturés avec des pièges puis boucanés.
© Fiona Watson/Survival
En 2010, il y eut de nouveau une grave pénurie de poissons.
Certains des barrages planifiés sont financés par le Grupo André Maggi, l’un des plus gros producteurs de soja au monde.
Durant le rituel ‘Yãkwa’, les Enawene Nawe passent plusieurs mois dans la forêt. Ils construisent des barrages en mailles végétales finement tissées sur les rivières pour capturer de grandes quantités de poissons. Après avoir longuement boucané leurs prises, ils les transportent en canoë dans leurs villages.
Ce rituel est le plus important dans la culture de ces Indiens. Il est également indispensable à leur alimentation, puisqu’ils sont l’un des rares groupes amazoniens à ne pas consommer de viande rouge.
Dans une lettre adressée aux Nations-Unies, les Enawene Nawe écrivent : ‘Nous ne voulons pas de ces barrages qui polluent notre eau, tuent notre poissons, envahissent nos terres’.
Le barrage Telegrafica est l'un des barrages en construction sur la rivière Juruena.
© Survival International
Les Enawene Nawe n’ont pas donné leur consentement à la construction de ces barrages. Ils ont bloqué les routes et occupé le chantier d’un barrage afin d’alerter l’opinion sur le danger irréversible que représentent ces projets sur leur mode de vie.
Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ’L’ironie veut qu’alors même que le rituel Yãkwa vient d’être reconnu comme patrimoine culturel brésilien, il soit amené à disparaître. C’est tout le mode de vie des Enawene Nawe qui est aujourd’hui en péril’.
Lire la lettre envoyée par les Enawene Nawe aux Nations-Unies (en format pdf, en anglais, enawene nawe et portugais)
28 MarsActualités & Médias
mardi 15 mars 2011
Rio - Les deux premières minutes
Charmant. Mais quand on se souvient de la grande époque de Walt Disney, la comparaison est difficile...(cliquez sur mon BLOG DO DIMITRI et regardez-le á GARIMPO DE CINEMA.
dimanche 13 mars 2011
Amazonie
Officiellement, l'objectif du président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, est de parvenir à une "déforestation zéro" en Amazonie. Mais le Brésil en est très loin. Les destructions ont repris de plus belle entre août et décembre 2007. Quelque 7 000 km2 de forêts ont alors été rasés, a constaté en janvier l'Institut national de recherches spatiales (INPE) sur ses relevés satellites, pour faire place au soja, au bétail et à la canne à sucre. SUPERFICIE.L'Amazonie brésilienne couvre 5 millions de km2 (répartis sur 9 Etats), dont 100 000 km2 de réserves indiennes, 200 000 km2 de zones pour l'exploitation durable et 1,9 million dekm2 de forêt publique. POPULATION.22 millions d'habitants vivent, dont 480 000 Indiens répartis en 220 tribus. DESTRUCTION.En trente ans, 17 % de la végétation originale ont disparu, soit 700 000 km2. En 2007, quelque 22 000 foyers d'incendie (brûlis) ont été signalés. Chaque km2 de forêt détruit produit 22000 tonnes de CO2. Au total, le déboisement entre août 2007 et juillet 2008 pourrait augmenter de 34 %, alors que les autorités brésiliennes se vantaient à la conférence sur le climat à Bali, en décembre 2007, d'avoir jugulé le phénomène, les chiffres montrant depuis trois ans un recul des destructions. Le président Lula da Silva a réclamé des mesures urgentes pour inverser la tendance. Aussi la police fédérale a-t-elle lancé, le 26 février, une vaste opération avec 300 hommes, qui seront un millier début avril, pour combattre le déboisement illégal dans les Etats du Para, du Mato Grosso et duRondonia, les plus concernés. Pas moins de treize ministres sont responsables de la lutte contre la déforestation en Amazonie, mais ils ne parlent pas tous le même langage. Le gouvernement est écartelé entre deux défis : préserver la forêt tropicale et favoriser la croissance économique. Deux femmes incarnent ce dilemme au sommet. Marina Silva, ministre de l'environnement, enfant de l'Amazonie, est auréolée de son passé aux côtés du militant assassiné Chico Mendes. Mais elle a souvent cédé aux pressions. Elle a ainsi autorisé la construction de deux centrales électriques sur le Madeira, un affluent de l'Amazone. L'autre est Dilma Rousseff, chef de cabinet du président Lula, responsable du Plan d'accélération de la croissance, élaboré pour multiplier les infrastructures à travers le pays, notamment en Amazonie, où fourmillent des projets de routes, ports et usines hydroélectriques. Après le sombre record entre août 2003 et juillet 2004, où 27 429 km2 de bois étaient partis en fumée, Marina Silva a réorganisé la surveillance par satellite, mais sans moyens ni personnel. "Les amendes infligées par l'Etat sont ridiculement basses et le déboisement se poursuivra", prédit l'un des directeurs de Greenpeace-Brésil, Sergio Leitao. Selon lui, seulement 2 % des contraventions sontpayéesparlesdestructeurs. 100.000km DE VOIES CLANDESTINES "Les autorités conçoivent le développement de l'Amazonie sur un modèle des années 1950", critique Sergio Abranches, sociologue spécialiste en écologie politique. Il cite en exemple les routes conçues pour évacuer les denrées agricoles, la BR 163 Cuiaba-Santarem, àmoitié asphaltée, et celle à l'étude entre Porto Velho et Manaus. Les relevés cartographiques prouvent que le goudron se transforme en boulevard de déboisement pour les trafiquants de bois, orpailleurs, aventuriers et agriculteurs. Quelque 100 000 km de chemins clandestins existeraient déjà. Marina Silva encourage des activités d'"exploitation durable" dans des zones baptisées "unités de conservation", et une gestion surveillée des forêts publiques, qui couvrent 40 % de la surface forestière. Ainsi les 2 200 km2 de forêt à Jamari (Rondonia) seront bientôt cédés à des concessionnaires privés pour une "exploitation propre". Un début. Neuf organisations non gouvernementales (ONG) brésiliennes et internationales ont élaboré un ambitieux Pacte pour la valorisation de l'Amazonie, afin d'éradiquer la déforestation d'ici à 2015. "Il faut valoriser l'entretien de la forêt sur pied et rémunérer ceux qui la protègent", plaide Adriana Ramos, de l'ONG Instituto Socioambiental, signataire du pacte. Le Brésil veut démontrer qu'il se préoccupe de l'Amazonie de crainte d'une internationalisation de la gestion de la plus grande forêt tropicale de la planète, dont la déforestation, par brûlis, contribue à l'émission de gaz à effet de serre. Dans son ouvrage Brésil, le capital naturel (non traduit en français), l'agronome brésilien Mauro Victor se dit convaincu que "si le Brésil ne freine pas la destruction de l'Amazonie par conviction, il y sera contraint par des pressions extérieures, d'abord économiques et commerciales, puis politiques, voire militaires".
Les élections municipales sont prévues en octobre. La ministre de l'environnement craint que des maires d'Amazonie ferment les yeux, cette année, sur les destructions illégales perpétrées par leurs électeurs.
Les élections municipales sont prévues en octobre. La ministre de l'environnement craint que des maires d'Amazonie ferment les yeux, cette année, sur les destructions illégales perpétrées par leurs électeurs.
mercredi 9 mars 2011
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